La Piel que Habito.
Almodovar, le retour. Et en grandes pompes, avec un véritable ovni au menu. Difficile de parler de ce film sans dévoiler la trame… Il y est question de vengeance, de sexe, d’identité, d’amour, de captivité…
Si on accepte le postulat de départ (qui ne se révèlera qu’après une bonne heure de film, soyez patients !), énorme et invraisemblable, c’est une petite merveille de mise en scène, de tensions et de sentiments contradictoires qui va vous envahir.
Le maitre espagnol n’ayant rien perdu de sa virtuosité, tout le film est un régal pour les yeux. Photo sublime (les couleurs, les regards !), montage astucieux, c’est du grand art du début à la fin. Banderas force un peu le trait ? Oui sans doute. Mais Elena Ayana est incroyable, et ses grands yeux vous hanteront longtemps après le générique de fin.
A voir absolument.
Time Out.
Andrew Niccol veut nous livrer le Bienvenue à Gattaca d’aujourd’hui avec un concept à la base alléchant: toute personne ne vieillit pas au delà de 25 ans, mais dispose d’un capital temps de vie, lequel sert désormais de monnaie universelle. On paye un café en minutes, un loyer en heures, une voiture de luxe en années…
Intéressant. Le film suit d’ailleurs la même trame que son illustre prédécesseur, la rencontre entre deux mondes (les parias et les riches, on sent encore l’orientation sociale où point la lutte des classes en permanence), une sorte de Romeo et Juliette moderne avec course poursuite et inspecteur tenace aux trousses de Justin Timberlake (pas si mal) et Amanda Seyfried (aussi expressive qu’un poisson faisant sa sieste).
Las, le coté actionner prend vite le dessus, et on perd tous les enjeux passionnants qu’aurait pu engendrer la description d’une telle société.
Film inabouti, qui aurait mérité une heure supplémentaire pour vraiment rentrer dans le quotidien de ces chasseurs de temps.
House MD.
Après 8 saisons brillantes, Gregory House tire sa révérence. Le moment pour moi de dire tout le bien que je pense de cette série faussement conventionnelle.
Il serait terriblement réducteur de n’y voir qu’une succession de cas à résoudre, façon Sherlock Holmes. House est avant tout une reflexion permanente sur la vie, le couple, la mort, l’addiction, le rapport à l’humain dans son évocation la plus large.
Dialogues brillants, problématiques fines et complexes, et second personnages toujours riches et creusés.
Au revoir Greg, tu nous manqueras et merci pour ces années passées à couper les cheveux en 4 ensemble.
Breaking the Waves.
Film choc à sa sortie, grand prix du jury à Cannes, il demeurera comme l’oeuvre qui a fait découvrir au grand public ce génial trublion qu’est Lars Von Trier.
Bien sûr, depuis l’eau a coulé sous les ponts, et sa mise en scène s’est affinée, comme en témoigne son époustouflant Melancholia. Mais Breaking the Waves reste un coup de poing permanent, d’une noirceur absolue sur la religion, forcément inhumaine, l’amour, forcément psychotique, et l’innocence, forcément détruite. Et l’interprétation d’Emily Watson, figure sacrificielle, en transe permanente.
Revenge.
Alors voilà une série qu’on attendait pas, mais qui fait mouche.
Une jeune femme débarque dans la vie en apparence bien rangée d’une richissime famille, avec un lourd secret: son père a été piégé par ce clan de milliardaires. Elle revient donc incognito pour se venger (d’où le titre, trop fort).
Machiavel lui même aurait pu écrire le scénario digne du Comte de Montecristo, version girly. Emily VanCamp fait une vengeresse à la fois douce et implacable, les coups de théatre s’enchainent, les secrets volent en éclat les uns après les autres n’épargnant personne, et quel jouissance coupable de voir ces super riches (Madeleine Stowe impeccable) se débattre telles des mouches dans la toile patiemment tissée par notre ange blond exterminateur.
Prenant et Jubilatoire !
Café de Flore.
Attention danger. Un couple qui s’aime, se désunit, se réunit différemment avec comme arrière plan la réincarnation et l’amour désespéré d’une mère pour son fils trisomique.
Ouf ! Plus casse gueule, difficile de faire. Et pourtant, le résultat n’est pas si mauvais que ça. Construction en puzzle qui excite la curiosité, long plans vaporeux, utilisation judicieuse de la musique, on se laisserait presque porter, si parfois nous n’étions pas un peu perdus.
Pour nous autres Français, un problème majeur pourra pourtant se poser: le québecois omniprésent dans les dialogues, les rendant très difficile à saisir.
Une curiosité, un peu bancale quand elle se pique d’ésotérisme.
John Rambo.
Ah nostalgie quand tu nous tiens. Sentiment d’autant plus douloureux que Rambo: First Blood, premier du nom était un film bien plus intelligent qu’il n’y parait, avec une véritable réflexion sur le retour des soldats du Vietnam.
Stallone, plus large que haut, botoxé jusqu’à la bouffitude, réalise ce dernier (et heureusement) opus du vengeur au bandana 20 après. Le héros, s’il est fatigué de la guerre - et nous le fait bien sentir - ira quand même jusqu’à sauver des griffes Birmanes une équipe neu neu de missionnaires partis la bétise accroché à la bible.
Pas de quoi se relever la nuit, mais un joli jeu de massacre dans le bouquet final avec du démembrage en règle de la moitié de la junte locale.
John ! Le colonel te l’avait dit, c’est fini tout ça !
Crazy, Stupid, Love.
Reconnaissons le, la comédie romantique fait clairement partie des genres de prédilection du cinéma américain, et nos amis outre-atlantique en maitrisent les codes à la perfection.
Casting d’enfer (Ryan Gosling, avant Drive, et une pleiade de femmes toutes plus formidables les unes que les autres, Emma Stone en tête), mise en scène tonique et enlevée, vrais moments de droleries (numéro survolté de Marisa Tomei !) ou d’émotion…
Mais pourquoi, pourquoi faut il que tout ce talent soit invariablement gâché par un scénario totalement indigent, d’une invraisemblance absolue, avec un happy end enrubanné de trois tonnes de guimauve ?
N’est pas Woody Allen qui veut, et l’amour, c’est comme la poésie. C’est bien plus authentique quand ça ne dit pas son nom toutes les deux minutes avec la finesse d’un Caterpillar.
Girlfriend Experience.
A quoi rêve une call girl haut de gamme ? Soderbergh ne répond pas à la question. Il la suit, elle ses livres, son opacité dans un monde écrasant de références financières, son jeu des apparences, la fausse valeur du moi intime dont tout le monde semble dire “au final je m’en fous”.
Si chacun est ce que veut l’autre, qui a encore besoin d’être soi même et est ce que ça a encore un sens dans un monde dont les seules problématiques sont placées sous le symbole du dollar ?
Sasha Grey, superstar du X, tout en pudeur, laisse flotter sa beauté surnaturelle le long de ce Soderbergh mineur, mais dont la maitrise formelle et le trouble qu’il laisse résonner valent le détour.
Chronicle.
Le traitement “réaliste” des super héros est à la mode. Loin des superproductions Marvel (pas désagréables soit dit en passant), on se rapproche plus ici de la série Misfits. Que vont faire trois ados tout ce qu’il y a de plus normaux avec des super pouvoirs ? Des bétises forcément.
Et si la première partie se focalise sur leurs blagues potaches d’étudiants (sans doute les meilleurs moments du film, loin des grandes considérations moralisatrices dont on nous bassine en général dans ce type de film), la deuxième fait néanmoins preuve d’une belle inventivité au niveau du montage et des effets visuels.
Chronicle, à la fois métaphore sur le fantasme de la toute puissance de l’adolescence, ses révoltes et son rejet des modèles, et à la fois parabole grinçante sur l’addiction (chacun de leurs “exploits” en amène un plus extrème, plus dangereux, plus incontrolable) qu’on retrouve chez un cocainomane, séduit par le naturel de ses interprêtes.
Le film peut cependant trouver sa limite dans son concept de départ, très à la mode depuis quelques années, faire du spectateur un voyeur impuissant par le biais de la caméra. Outre que ce procédé est terriblement casse gueule en terme d’écriture (qui a déjà vu un caméraman en situation incontrolable continuer à filmer ? A fortiori un ado ?), il n’apporte au final pas grand chose à un film qui se tient très bien tout seul.
A moins que le réalisateur n’aie voulu nous dire en substance, voilà notre jeunesse, celle que vous avez filmée faire ses premiers pas dans votre jardin, et voilà ce qu’elle vous rendra. Une sinistre prémonition ?